La chasse au courant d'air

Comme dans un vieux couple, un bâtiment et ses menuiseries évoluent de manière indépendante. À terme, des dissensions apparaissent, et les courants d’air en profitent pour jouer aux autoroutes à calories. Il faut maintenant les trouver et les colmater. Pas si facile mais il existe des outils ancestraux et d'autres ultra techniques.

La chasse est ouverte

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Seules les maisons les plus récentes sont construites avec le souci d’obtenir la meilleure étanchéité à l‘air possible, sans nuire aux occupants. Au‑delà de 20 ans d’âge, rares sont les bâtiments à afficher une performance énergétique significative dans ce domaine, car ils n’ont pas été conçus pour cela. Pendant très longtemps, au contraire, ce renouvellement naturel, et excessif, a été bénéfique, en limitant considérablement la pollution intérieure occasionnée par les poêles à mazout, les fourneaux à charbon et les cheminées à foyer ouvert. Dans une maison ancienne non isolée, 20 petites minutes suffisent pour renouveler entièrement l’air intérieur. Mais la dépense d’énergie que cela nécessite n’est plus acceptable aujourd’hui, car nos besoins de confort ont crû aussi rapidement que la hausse des prix. Nous ne supportons plus de ne chauffer qu’une seule pièce dans la maison, et il nous faut le payer. La chasse aux courants d’air s’inscrit dans cette évolution. Ils sont responsables de 15 % des gaspillages d’énergie en hiver.

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Dans cette chasse, ne pas oublier les conduits de cheminée et les trappes de ramonage installées en pied de conduit.

Repérer les courants d'air

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Le diagnostic est relativement simple dans une maison ancienne. Les courants d'air se concentrent autour des points sensibles, à commencer par les menuiseries. Le meilleur moment pour les repérer est de choisir une période avec un écart de température important entre l’intérieur et l’extérieur, ou un jour de grand vent.

Au dos de la main

Il suffit de passer le dos de la main, plus sensible que la paume, pour repérer les fuites aux abords des fenêtres. Celles-ci se situent d’abord au contact entre l’ouvrant et le dormant, mais aussi entre le dormant et la maçonnerie qui l’entoure. Dans cette chasse, certaines évidences sont parfois négligées, à commencer par les conduits de cheminée, qu’ils soient désaffectés ou non. Les trappes de ramonage installées en pied de conduit sont rarement étanches. Le test consiste à passer un émetteur de fumée (bâtonnet désodorisant, …) pour voir celle-ci se faire aspirer. Les réseaux encastrés, électriques en particulier, participent largement aux courants d’air car les gaines transitent dans les contre-cloisons, d’une pièce à l’autre, d’une zone froide à une autre chauffée. Aujourd’hui, les boîtes d’encastrement sont étanches. Mais seulement depuis les années 2000, dans le meilleur des cas. D’autres fuites sont plus difficiles à déceler, comme les ventilations en sous-face des planchers bas, les escaliers, les liaisons entre maçonneries, etc. Elles sont aussi plus difficiles à traiter sans une intervention globale. Dans une maison récente, construite depuis les années 90, les défauts d’étanchéité sont principalement diffus. Ils se concentrent autour des conduits, de cheminée ou de ventilation, ou des réseaux électriques. Il faut aussi vérifier les joints d’étanchéité élastomère des portes, fenêtres et porte-fenêtres. Les remplacer suffit souvent. Le plus difficile est de retrouver la bonne référence pour le joint de remplacement.

Premiers calfeutrages

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Les premiers soins ... une fois toutes ces entrées d'air parasites révélées ... il faut les calfeutrer. Car l'existence de ces courants d'air a deux conséquences. La première est qu’ils créent une zone de froid à proximité des ouvertures. À leur voisinage, la température peut descendre de 1 à 3 °C. La présence de ces zones de froid oblige à monter le chauffage afin de les tempérer. Le reste de la pièce est alors surchauffé, ce qui gaspille de l'énergie. D’autre part, les radiateurs de chauffage central sont souvent placés sous les fenêtres. La présence d’un courant d'air perturbe leur fonctionnement. Il provoque le refroidissement du mur et donc des pertes importantes de chaleur dans la maçonnerie. En outre, l'air froid descend à proximité du sol alors que l'air chaud monte au plafond. En théorie, la colonne d'air chaud diffusée par le radiateur monte au plafond verticalement puis redescend au centre de la pièce. C'est le phénomène de la convection. Un courant d'air à proximité de la fenêtre perturbe ce déroulement. L'air chauffé par le radiateur se refroidit trop vite. Le circuit de convection est perturbé. Là encore, il est nécessaire de surchauffer pour compenser ce phénomène.
Mais attention, la simplicité de mise en œuvre d'un calfeutrage est parfois à l'origine de grosses erreurs.

Mesure d'interstice

Dans le cas des menuiseries, pour mesurer l'interstice à reboucher, il suffit d’appliquer un petit cordon de pâte à modeler en fond de feuillure aux endroits repérés puis de refermer le battant. La pâte à modeler prend la forme de l'espace manquant qu'il ne reste plus qu'à mesurer.
- Si l'interstice est régulier : Le jeu ne dépasse pas 3 - 4 mm autour des battants. Le procédé le plus économique est alors le bourrelet de mousse adhésif. Il se colle en fond de feuillure, au point de contact entre le battant et le cadre dormant. Auparavant, la feuillure est dégraissée avec de l'alcool à brûler. Le bourrelet doit être remplacé tous les deux ans. Pour un calfeutrement plus durable, il est remplacé par un joint plat en caoutchouc élastomère ou des profilés en V, en métal ou en polypropylène. Le mode de pose est identique.


- Si les interstices sont nombreux et irréguliers : c'est le cas des maisons anciennes, dont les huisseries ont subi des opérations de rabotage plus ou moins heureuses. La solution passe par la mise en place de joints tubulaires creux, disponibles en différents diamètres. Si cela ne suffit pas, il est préférable d’envisager de remplacer les menuiseries.

Gammes de calfeutrages


- Pour les bas de porte : il existe toute une gamme de plinthes de calfeutrage, depuis les modèles à brosse jusqu’aux systèmes à relevage automatique, pivotant ou rétractable. Les solutions les plus simples sont souvent les plus efficaces et les plus faciles à poser. Toutes les ouvertures sur l'extérieur doivent être isolées. Il faut donc calfeutrer la porte d'entrée principale et celles des annexes (garage, jardin, etc.). Il est en outre judicieux d'isoler les portes de communication entre des pièces chauffées et non chauffées, comme celles d'accès à la véranda, à la cave ou à la buanderie. En revanche, les portes intérieures entre deux pièces chauffées ne doivent pas être calfeutrées, afin de préserver une circulation minimum de l'air dans la maison.

Pour les mêmes raisons, tout ne doit pas être calfeutré. Car un air confiné est mauvais pour la santé. Une maison doit toujours respirer. Ainsi, il ne faut pas boucher les grilles d'aération statiques. Sur les fenêtres, en l’absence d’entrée d’air de VMC, la traverse haute ne doit pas être calfeutrée, de même que les trous d'écoulement de l'eau de condensation.

Les joints

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Joint en caoutchouc élastomère

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Joint tubulaire creux

Joint en mousse adhésive

Changez tout !

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Pour réduire les courants d'air … dans une maison existante, la parade efficace reste le remplacement des portes et fenêtres.

À terme les joints en mousse perdent de leur efficacité alors la solution radicale est de changer toutes le fenêtres.

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Tester sa maison au BlowerDoor, c'est la mettre sous pression comme si vous gonfliez une chambre à air pour repérer ses fuites. Et ça fonctionne aussi en créant une dépression, en aspirant l'air de la maison !

Test d'infiltrométrie

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L'Arrêté du 26 octobre 2010 … qui instaure la RT 2012 précise que, pour les maisons individuelles, le coefficient de perméabilité à l’air (Q4Pa‑surf), doit être inférieur ou égal à 0,60 m3/ (h.m²). Il représente le débit de fuite par mètre carré de surface déperditive, hors planchers bas, sous une dépression de 4 pascals. C’est une obligation de résultat. En clair, cela signifie que l’étanchéité à l’air de la maison doit être quasi‑parfaite et qu’elle doit être attestée par un organisme indépendant. Le constructeur ne doit plus se contenter de prouver qu’il a utilisé les moyens nécessaires pour parvenir à ce résultat, il doit aussi le prouver, grâce à un test d’infiltrométrie, appelé aussi porte soufflante ou BlowerDoor.

  • Le test commence par l’obturation de toutes les ouvertures officielles à commencer par les menuiseries, les conduits d’évacuation, les aérations, etc. Les portes intérieures restent ouvertes. Puis une ouverture vers l’extérieur, généralement la porte d’entrée, est remplacée par un sas étanche, équipé d’un ventilateur à gros débit qui peut souffler ou aspirer. Différents critères sont enregistrés (température, pression, etc.). Puis le ventilateur est mis en route pour créer une surpression ou une dépression à l’intérieur de la maison. Le débit d’air du ventilateur nécessaire pour maintenir une pression constante est mesuré et permet de calculer un taux de renouvellement. Cette opération augmente aussi le débit d’air au travers des défauts d’étanchéité. Cela permet de les repérer grâce à des fumigènes, une caméra thermique ou un anémomètre.
  • Les principales sources d’infiltration d’air dans un logement sont les défauts des joints de menuiseries qui représentent environ 40% des infiltrations. Les réseaux électriques encastrés atteignent la même part de 40 %. Le reste provient de la trappe du grenier, de la plomberie et des liaisons entre les murs et les planchers. Ce sont des valeurs relevées pour un logement standard. Sur un bâtiment construit sur les bases de la RT 2012, cela dépend des anomalies relevées.
  • Pour atteindre un tel niveau d’étanchéité, les conditions à respecter sont à prendre en compte dès la conception du projet et doivent être appliquées à chaque étape. Mais cela continue aussi après la construction, à l’usage. Par exemple, l’installation d’un poêle non étanche va créer un échange d’air permanent par le conduit que son fonctionnement ne compensera même pas. Attention aussi aux travaux d’aménagement, à la cheville plantée dans une plaque de plâtre pour suspendre un tableau, qui va aussi percer le pare-vapeur placé derrière.

Courant d'air Gascon

BS Bon à savoir

Oun galet

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"oun galet" (prononcer galette) ... Voilà ce que l'on dit en Gascogne quand on sent un courant d'air désagréable. Chaque région a son mot pour désigner ce diabolique filet d'air froid qui va vous "sang glacer". Les cordons, bourrelets et autres bas de portes peuvent suffire à gagner 2 ou 3 degrés. N'oubliez pas cependant de laisser l'air circuler entre pièces chauffées.

Ursa Terra - L'isolation pour un confort durable